Réflexion autour du partage d'expérience en ligne et de la pudeur

Quand j’ai commencé ce blog en 2011, je ne me posais pas la question de la pudeur. Je ne partageais que des recettes et je n’y voyais aucune atteinte à la pudeur de mes lecteurs et lectrices. D’ailleurs, j’avais commencé mon blog dans l’unique but de partager des recettes avec ma mère qui, elle aussi, avait changé son alimentation. C’était le format qui me semblait le plus pratique pour elle, pour qu’elle puisse retrouver toutes mes recettes sans fouiller des heures dans sa boîte mail à la recherche d’une recette que je lui aurais envoyé.

Au fur et à mesure que mon blog grandit, j’ai tissé des liens avec mes lecteurs et lectrices, et j’ai dévoilé un peu plus de moi : la raison de mon blog, mes problématiques de santé, le tout sans rentrer dans trop de détails.

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Puis j’ai eu envie, de plus en plus, de partager tout ce qui, à mon sens, était aussi lié à tout ça : ma sensibilité au gluten était lié à mes problèmes digestifs, eux-mêmes liés à un passé dont l’anorexie a fait partie. Je recevais régulièrement des messages de personnes qui s’étaient reconnus dans quelques-uns de mes contenus et qui cherchaient un peu d’aide et de réconfort.

Malgré mon envie grandissante d’apporter un peu de réconfort de manière visible à travers des articles, j’hésitais de très longues années avant de commencer à rédiger des articles liés directement à la santé physique et mentale.

Puis récemment, j’ai suivi un séminaire pour les cadres en recherche d’emploi, dont le but était de reprendre confiance en ses capacités et ses compétences, et de se détacher un peu des recherches pour se recentrer un moment sur ses passions, ses loisirs, les choses qui nous font du bien. J’ai parlé de mon blog, disant que je me sentais un peu bloquée dans ma création de contenus parce que j’avais envie de partager tellement de choses mais dont une partie était assez personnelle. Je craignais le regard et le jugement des autres. Je craignais aussi un peu le jugement de recruteurs potentiels qui liraient peut-être quelques pages de mon blog. Devais-je partager ces expériences vécues ? Etait-ce juste ? Approprié ? Trop impudique ?

Ce séminaire m’a redonné un élan et un soir, en rentrant d’une journée d’ateliers, j’ai commencé à écrire sur ces sujets qui me tenaient à coeur. J’ai finalement publié cet article sur l’anorexie que je gardais dans mes brouillons depuis des années.

Mon intention était d’apporter un regard différent sur ce trouble alimentaire, non pas dans le but d’exhiber ma vie privée, mais dans celui d’informer sur sa complexité. Les troubles alimentaires sont si répandus mais très caricaturés et très peu pris en charge. Pourtant, ils peuvent pousser une personne à mettre fin à ses jours. Ce sont des troubles à prendre au sérieux. Avec la montée en puissance des réseaux sociaux, notamment Instagram, je constate avec inquiétude de plus en plus de dérives au niveau alimentaire, liés aussi à la pression croissante que beaucoup ressentent quant à leur apparence physique et la “nécessité” d’être “parfait”.

Une semaine après avoir publié mon article, j’ai reçu un message d’une personne que j’avais rencontré en séminaire, me disant que j’étalais ma vie privée, que je n’avais pas à partager cela avec des inconnus, que c’était indécent et que ça ne regardait personne, encore moins des recruteurs potentiels. Elle me conseillait vivement de supprimer ma rubrique entière sur le développement personnel. Je l’ai reçu avec beaucoup de violence.

Vous imaginez bien à quel point j’étais heurtée. J’avais mis plusieurs années à trouver le courage de partager mon expérience, dans le but d’apporter un peu d’information et même un peu d’aide à d’autres personnes souffrant de ce trouble. Je me suis sentie tellement honteuse que j’ai considéré l’idée de supprimer mon article, et tous les autres avec. Puis j’ai réfléchi quelques semaines et j’ai finalement pris une autre décision. Celle d’écrire cet article.

Ce blog est mon espace. J’y publie les recettes que j’ai créées, les choses qui m’inspirent, les photos que j’ai mis plusieurs heures à prendre et à sélectionner. C’est mon espace “créatif”. Je l’ai aussi créé à l’époque car je voulais améliorer mes qualités rédactionnelles et rédiger des billets m’a beaucoup fait réfléchir sur ma façon d’écrire, mon vocabulaire, mon ‘style’ écrit. L’accès y est libre. Certains seront peut-être offusqués de lire mes articles, ou ils ne seront pas d’accord. Peut-être n’aimeront-ils pas mes recettes. Ce n’est pas grave.

Le but de mon blog n’est pas de collectionner un nombre de follower inouï. Si c’était le cas, je me serais déjà lancée dans les partenariats à gogo, les jeux concours et la publicité payante. J’ai créé et continué à alimenter cet espace parce qu’il fait du bien à mon coeur et à ma tête. Il me permet d’écrire, de réfléchir, de créer, d’imaginer, de tisser des liens. Je l’aime, tout aussi imparfait qu’il est.

Je n’ai pas honte d’avoir traversé des moments difficiles dans ma “jeune vie” de femme de 34 ans, dont la plupart ne figurent pas et ne figureront jamais sur ces pages. Mon anorexie, ma maladie auto-immune, mes troubles digestifs, m’ont tous permis de me remettre en question, d’apprendre à prendre soin de moi et des autres, de tisser des liens avec des personnes que je n’aurais jamais rencontré autrement, de prendre confiance en moi et en ma capacité à rebondir, à être courageuse, à ne pas m’apitoyer sur mon sort.

Un recruteur passe par là ? S’il prend soin de bien lire mon contenu, je pense qu’il y verra une personne franche et sincère, déterminée, qui se connait bien, qui a de l’empathie, qui aime donner du sens à ce qu’elle fait, qui aime et sait écrire et créer des jolies choses. Une personne qui sait se remettre en question, qui ne prétend pas avoir toutes les réponses, et qui ne se laisse pas faire ni démonter au premier (ni au dixième) obstacle. Ce sont plutôt des qualités importantes en entreprise aussi, vous ne pensez pas ?

Je me suis toujours efforcée de partager des choses personnelles avec une pointe de pudeur et sans aucune autre intention que d’apporter un peu d’aide ou de réconfort. Je continuerai de le faire, sans avoir honte de ma personne et de ce que je créé. Je serais bien entendu triste et désolée d’apprendre que mon contenu choque ou offusque un lecteur ou une lectrice. Toutefois, je crois sincèrement que nous ne sommes pas responsables des réactions des autres. Nous pouvons leur faire de la peine, les blesser, leur faire du mal ; mais nous ne sommes pas responsables de comment elles choisissent de réagir.

Je n’ai aucun sentiment négatif pour cette personne qui m’a écrit. Je comprends ce qu’elle a voulu dire. Toutefois je l’invite, comme tout le monde (je m’y inclus), à s’exprimer avec bienveillance, empathie et délicatesse, en gardant à l’esprit la sensibilité de chacun.

Mon blog n’est pas un grand blog très connu et ce ne sera jamais mon but. En revanche, j’aspire à me sentir connectée à travers lui à encore plus de belles âmes réfléchies, à l’écoute, intéressantes, douces et amicales.

Tout cela avec le plus de pudeur possible, bien entendu :-)

Merci de m’avoir lue ! <3